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  • Aline Baudry-Scherer

Se bécoter en masque ? Nos ados sont costauds.

Dernière mise à jour : janv. 24



Je viens de recevoir – et lire – le nouveau protocole sanitaire qui sera mis en place dès demain au collège et au lycée. Je suis gâtée : 9 ans, 13 ans, 15 ans, j’ai un enfant dans chaque niveau.


Pour la première fois depuis le début de cette putain d’histoire de virus, j’ai eu envie de pleurer.


Certains diront qu’il était temps que je sorte du déni, d’autres que c’est un peu superficiel de s’apitoyer sur ses gosses quand il y a mille et une situations bien pires que les leurs… N’empêche, ce sont eux que je plains le plus. Et que j’admire le plus.


Entre 13 et 15 ans, je vivais toutes mes premières fois, celle qui comptent beaucoup plus fort que tout le reste : premières sorties « en ville », au McDo le samedi midi, où les frites dégueulasses avaient le goût de l’indépendance, premières amitiés, avec pyjamas parties et confidences chuchotées, premiers baisers, avec la langue, à peine cachés derrière un arbre, premières amours, papillons dans le ventre quand il me sourit de loin, et journal intime rempli de son prénom, premières fêtes, musique trop forte, odeur de transpi et de cigarettes, alcool pour les plus téméraires, et slows surtout, bras qui s’effleurent et retour des papillons… et puis LA première fois, celle qui ne dit pas son nom parce que c’est la plus importante, « le faire » ou ne pas « le faire », là est la question…


Je me souviens précisément de l’année de mes 13 ans, de l’année de mes 14 ans, de l’année de mes 15 ans, et ainsi de suite jusqu’à ma première feuille d’impôts, où tout se mélange un peu. Je me souviens précisément de chacune de ces années, chacune avec ses rencontres, ses chagrins, ses copains, ses profs, ses vacances, ses chansons, ses voyages de classe avec « action ou vérité » au fond du car et walk-man partagé, Nirvana à fond…


Je lis le protocole sanitaire et je me demande qui je serais devenue si on m’avait supprimé une seule de ces années d’adolescence. Si on avait dû masquer nos sourires, interdire les rassemblements devant le collège ou le lycée, empêcher les mélanges de classes dans la cour ou à la cantine, annuler les voyages de classe… Si on n’avait pas eu le droit de sortir, en ville ou en fête, de se retrouver, de fusionner… Juste une année, d’accord, mais de celles qui comptent trois fois plus que les années d’adultes !


Je sais, bien sûr, il paraît qu’on n’a pas le choix, qu’on sauve des vies, qu’on évite « Le Choix de Sophie » à l’entrée des services de réanimation. Je ne suis pas médecin, je ne sais pas comment il faut gérer tout ça, je suppose qu’on fait au mieux, même si cet article me reste en tête comme un refrain lancinant, et que je me demande si ça vaut vraiment le coup de les sacrifier eux, nos enfants.

Je suppose qu’on fait au mieux, je suis seulement infiniment triste pour elles, pour eux, pour ce qu’ils manquent sans même s’en rendre compte.


Je suis triste et admirative : j’admire leur résilience, leur façon de s’en foutre un peu, de continuer à s’envoyer des messages, tout le temps, à imaginer des vidéos hyper créatives sur TikTok, à faire de l’humour cynique sur Trump, à défendre passionnément leurs causes, à flipper pour une mauvaise note ou à raconter des anecdotes totalement futiles (à nos yeux) mais tellement essentielles (aux leurs). Je les admire de continuer à être des ados, à vivre intensément le présent, même si nous on le trouve un peu pourri, à trouver cool qu’on ne les oblige pas à sortir de leur grotte et de pouvoir cacher leurs bagues et leurs boutons derrière un masque, et puis ça tient chaud l’hiver, à nous demander s’ils pourront quand même manger des pizzas et regarder des animés pendant notre apéro Zoom du vendredi soir, comme quand on sort pour de vrai…


Je les admire et ça me rassure un peu, je me dis que même s’ils ne se rouleront vraisemblablement pas beaucoup de pelles cette année, ils s’en souviendront quand même, et ce seront leurs souvenirs, pas les miens. Et ce sera fort aussi, parce qu’ils sont forts, ils sont drôles, ils avancent toujours, et je dois leur faire confiance.


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